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24.07.2010
Saab au Mans Classic 2010


Tous ceux qui ont vu – et surtout entendu — cette Saab 93 de 1955, dont la lenteur n’avait d’égal le bruit assourdissant de son 2-temps, ne purent réfréner un sourire narquois... Peut-être auraient été ils plus respectueux s’ils avaient vu Victor Muller et Jan-Ake Jonsson, respectivement patron de Spyker et président de Saab, au volant de la même auto au départ des Mille Milles en avril dernier.
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Il fallait un sens de l’humour combiné à une excentricité toute anglaise pour inscrire à la rétrospective des 24 Heures du Mans cette Saab 93, rappelant aux esprits moqueurs qu’en 1959, deux engins similaires firent hurler leur 748 cc à 2-temps dans la ligne droite des Hunaudières… Vitesse de pointe modeste certes, mais toutes leurs chances dans leur classe eut égard à la petitesse de leur cylindrée. La première Saab 93 inscrite au 24 Heures du Mans de 1959 était grise, officieusement alignée par département compétition de l’usine, la deuxième fut inscrite par un tandem de citoyens anglais du nom de Syd Hurrell et Roy North.

Nos Anglais à peine arrivés en terres sarthoises constatèrent que leur auto était de la même couleur que celle engagée par le constructeur suédois… Shocking ! Ils décidèrent immédiatement de la peindre sur place en un British Racing Green de circonstance. Malgré toutes ces bonnes intentions, ils durent abandonner après quatre heures de course pour cause de piston percé. La 93 inscrite par l’usine termina pour sa part 12e de sa catégorie sur 13, à la vitesse moyenne de 128,80 km/h



Un demi-siècle plus tard, trois irréductibles Anglais alignaient à nouveau une Saab 93 à l’édition 2010 du Mans Classic.

En 2008, c’était un équipage suédois mené par Bo Lindman, dont l’auto était la copie conforme du numéro de course n°44 de 1959, et affutée par le sorcier du 2-temps, Niklas Enander. Les Suédois rentrèrent au pays avec une victoire dans leur catégorie ainsi qu’à l’indice de performance du plateau 3 (1957-1961). Cette année, c’est un joyeux trio d’anglais se prénommant tous Christopher (!), qui amena dans la Sarthe une Saab 93.



Afin d’éviter toute confusion dans les paddocks, ils s’affublèrent tous trois de surnoms. Christopher Partington, le mécano qui construisit l’engin à partir d’une coque trouvée au fin fond de la Californie est « Spanner », Christopher Parkes, publicitaire à la ville et habituellement pilote d’une Ford Anglia 105, « Parksie » et enfin Christopher Nutt, qui par ailleurs tient une écurie de rallye historique composé de six Saab, est « Nutter ». Of course. Le tout sous la houlette de Ferdinand Gustafson, suédois de son état et ex-pilote usine, répondant au doux nom de « Ferdi ».

Une fois sur piste, à 110km/h la Saab 93 ne se ronronne pas mais hurle en donnant le meilleur d’elle-même... À sa décharge, alors que nombre de puissants et coupleux moteur rendaient l’âme sous la chaleur caniculaire du Mans, l’aiguille de température d’eau du 2-temps ne flirtait même pas avec la zone rouge…



La température fut à l’origine de certains problèmes, mais pas sur les mêmes composants de l’auto. « C’était comme rouler sur de la glace » avoua Spanner « la ligne droite de Mulsanne a failli nous être fatale ». Le bitume brûlant faisait tellement monter la pression des pneus que la bande de roulage en contact avec le sol devenait extrêmement réduite, donnant à l’auto une adhérence très relative.



Une fois lancés, les 65 chevaux développés par le 748 cc propulsait la Saab à près de 160 km/h, consommant des quantités délirantes de mélange 2-temps à 4 %. Autre point sensible du 2-temps est la température très élevée de l’échappement, qui peut faire fondre un piston ! C’est pourquoi la Saab est équipée d’une sonde par collecteur d’échappement qui affiche la température sur le tableau de bord, avec une zone rouge à 1.200 degrés...



Malgré des freins qui vibraient dangereusement, un démarreur ainsi qu’un alternateur qui rendirent l’âme, le moteur tint bon, celui de rechange resta dans la caisse. « La suspension était un peu molle » reconnu Spanner, « se faire doubler dans le virage de Mulsanne par une Lister-Jaguar est une sensation unique »… Ou bien dans la ligne droite des Hunaudières quand le différentiel de vitesse est supérieur à 100 km/h.

Texte/Photos: Classic Driver


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